La voie de l\'excellence / Français Second Cycle

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Une lecture de Une si longue lettre de Mariama Ba

INTRODUCTION

En 1980, le Prix Norma fut décerné à Mariama Bâ pour son roman Une si longue lettre. C’est en cette époque où on pouvait encore, en Afrique, compter sur les doigts d’une seule main le nombre de femmes écrivaines, la consécration d’une œuvre et d’un talent. Qui est donc cet auteur qui vient s’introduire dans le monde de l’écriture, un domaine jusque-là réservé aux hommes ? Pourquoi écrire était-il si difficile en ces temps pour les femmes ? Que retrouve-t-on dans ce roman pour qu’il soit traduit dans 17 langues et classé 3e parmi les 100 meilleurs livres africains du 20e siècle ?

C’est à ces questions que nous tenterons de répondre dans le présent exposé en essayant de dégager quelques éléments de la biographie de Mariama Bâ, le contexte dans lequel elle a écrit ses ouvrages et un petit résumé d’Une si longue lettre.

 

I – MARIAMA B : SA VIE, SON ŒUVRE

Fille du premier ministre du Sénégal du temps de la loi cadre, Mariama Bâ est née en 1929 au Sénégal. Orpheline de mère, elle fut élevée par ses grands-parents dans un milieu traditionnel. Ses grands-parents, des lébou musulmans étaient propriétaires d’une grande maison sur l’ancienne route des Abattoirs Municipaux de Dakar, l’actuelle rue Armand Angrand. C’est dans ce milieu que la future romancière a grandi.

Son père qui avait une vision juste de l’avenir, l’inscrivit à l’Ecole des Filles, qui deviendra l’Ecole Berthe Maubert. Elle y obtient le Certificat d’Etudes Primaires à l’âge de 14 ans. Mais, alors qu’elle souhaitait suivre une formation de dactylographie, Madame Maubert, directrice de cette Ecole des Filles à l’époque, l’obligea, pour le renom de l’établissement, à se présenter contre son gré au concours de l’Ecole Normale des Jeunes Filles de Rufisque. Elle honore son établissement et sort première de ce concours organisé à l’échelon de l’ex Afrique Occidentale Française.

En 1947 elle sort de l’Ecole Normale des Jeunes Filles de Rufisque titulaire d’un diplôme d’enseignement. Ainsi, elle fit ses premiers pas dans l’enseignement à l’Ecole de Médecine où elle exerça pendant douze ans avant d’être affectée à l’inspection régionale à la suite d’une maladie.

Divorcée alors qu’elle était mère de neuf enfants,  cette militante féministe qui a été l’épouse du député Obèye Diop, est l’auteur de deux romans : Une si longue lettre publié en 1979 et Un chant écarlate roman posthume publié en 1981.

Fauchée à la fleur de l’âge et au moment où elle commençait à asseoir sa notoriété,  Mariama Bâ s’éteint le 17 août 1981 laissant à la postérité littéraire des ouvrages d’une richesse incontestée.

 

II – LE CONTEXTE HISTORIQUE

Comme romancière, Mariama Ba appartient à la première  génération de femmes écrivaines qui émerge dans un contexte où l’écriture à été considérée comme le privilège des hommes. Comme toutes  les écrivaines elle due se confronter à la critique des hommes parce que placée en opposition à l’hégémonie patriarcal. Elle dira (dans un essai qu’elle a écrit intitulé « La fonction politique des littératures Africaines écrites ») :

«  Dans toutes les cultures, la femme qui revendique ou proteste est dévalorisée –Si la parole qui s’envole marginalise la femme, comment juge-t-on celle qui ose fixer pour l’éternité sa pensée ? C’est dire la réticence des femmes à devenir écrivains. Leur représentation dans la famille africaine est presque nulle. »

La crainte de la critique va pousser plus d’une femme à renoncer à devenir écrivaine. C’est à ce niveau qu’il faut saluer l’action d’Annette Mbaye d’Erneville, ancienne journaliste qui a toujours encouragé Mariama Bâ à écrire ce roman. Dans un entretien avec Alioune Touré Dia (Journaliste), elle soutient :

« A une époque où l’on prônait l’assimilation, je prenais position en la refusant. (…) Des amies m’ont toujours poussé à écrire, surtout Annette Mbaye d’Erneville, ancienne journaliste à Radio Sénégal. Forte de ma promesse, elle avait annoncé aux Nouvelles Editions Africaines (NEA) que j’allais leur apporter un manuscrit. »

C’est donc une des raisons pour lesquelles le roman fut dédié à Annette et publié aux Editions NEAS. Quant à Abibatou Niang, la première femme à qui elle a dédié le roman, elle est une amie qui partage sa vision des choses et à ses côtés elle a milité dans plusieurs associations féministes. Mariama Bâ fait ce témoignage sur elle en reconnaissant que c’est une femme très vertueuse et dotée d’une rigueur intellectuelle assez remarquable.

Elle dédie aussi le roman « A toutes les femmes et aux hommes de bonne volonté » c’est-à-dire à ceux qui sont sensibles aux problèmes des femmes.

III . RESUME DU ROMAN

 

Fortement marquée par la trahison et la mort de Modou Fall, son mari, Ramatoulaye éprouve alors le besoin de se confier à son ami Aïssatou. C’est l’occasion pour elle de déverser toute  sa rancœur contre un mari qui, après l’avoir trahi et délaissé, s’est donné le loisir d’hypothéquer leurs biens communs pour mieux vivre avec sa seconde épouse, Binetou.

Elle ne manque pas alors de jeter un regard critique sur la vie en société, sur la vie quotidienne et ses petits problèmes, l’argent et l’opportunité étant au centre des relations humaines. En effet, Ramatoulaye nous propose une étude profonde d’une société sénégalaise qu’elle décrit dans ses aspects culturels, religieux et moraux, et dans ses problèmes de caste, de mariage, de polygamie, d’amour, d’amitié, d’éducation, etc.

La mort de Modou Fall lui donne aussi l’occasion de révéler les pratiques qui entourent l’enterrement et les obligations coutumières auxquelles elle et les autres membres de la société doivent se plier.

Ce roman qui se nourrit alors des souvenirs désordonnés d’une partie de la vie de Ramatoulaye, relate la condition de la femme dans le ménage polygame et offre une critique de la vie sociale sénégalaise.

 

CONCLUSION

 

En tant l’une des premières romancières féministes, Mariama Bâ est l’auteur d’une œuvre (Une Si longue lettre et Un Chant écarlate) qui a décrit avec sensibilité et mesure les aspirations et les déchirements des femmes au sein de la société sénégalaise. Son combat pour l’émancipation des femmes charrie dans le même élan celui du mariage mixte et des problèmes du racisme blanc, tout aussi négatif que le racisme noir. Par ailleurs, elle a développé les thèmes de la polygamie, de l’éducation des filles et du problème des castes, toutes choses qui font la richesse de cette œuvre qui explique les conduites et attitudes de la société sénégalaise en ses valeurs culturelles.

 

Ben Moustapha Diédhiou,

Professeur de Français au

Lycée de Bambey, BP.57

benmoustaphadiedhiou@yahoo.fr

 



10/11/2010

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