La voie de l\'excellence / Français Second Cycle

La voie de l\'excellence / Français Second Cycle

Présentation de L'étranger d'Albert Camus

BEN MOUSTAPHA DIEDHIOU

PROFESSEUR DE Français des Lycées

benmoustaphadiedhiou@yahoo.fr

PRESENTATION DE L’Etranger (1942) d’ALBERT CAMUS

 

I – Camus : Sa vie et son œuvre

 

Né le 7 novembre 1913 à Mondovi, en Algérie, Albert Camus est le fils d’un ouvrier caviste mort à 28 ans à la bataille de la Marne (11 octobre 1914 à l’hôpital Saint-Brieuc). Sa mère, Catherine Sintès, d’origine espagnole, émigre alors à Alger où elle s’installe dans le quartier populaire de Belcourt. Pour nourrir ses deux fils, Lucien et Albert, elle fait des ménages (1914-1924). Camus éprouve pour elle une affection sans bornes, mais il n’y aura jamais de véritable communication entre l’enfant et cette mère exténuée par le travail, à demi-sourde et presque analphabète. Camus est surtout élevé par une grand-mère autoritaire, et par un oncle boucher, lecteur de Gide.

A l’école de Belcourt, son instituteur Louis Germain, frappé par son intelligence décide contre l’avis de la grand-mère de le présenter au concours des bourses pour les Lycées et Collèges. Il est reçu en juin 1924.

Il fait de brillantes études mais une tuberculose l’empêche de passer l’agrégation de philosophie (1937). Il devient journaliste et se passionne pour le théâtre en fondant une troupe. Pendant la seconde guerre mondiale, il est résistant et dirige à partir d’Avril (1944) la revue « Combat ».

Sa carrière littéraire, riche d’un certain nombre de productions dont les plus connus sont : L’homme révolté ; Le mythe de Sisyphe (1942) ; L’étranger (1942) ; La peste (1947) ; La chute (1956) sera couronnée le 10 décembre 1957 par le prix Nobel de littérature.

Passionné de lecture, de Football et de plage, Camus meurt prématurément le 4 janvier 1960 dans un accident d’automobile près de Montereau.

 

II – Le Contexte Idéologique et Littéraire de la publication de L’étranger

 

Le climat des années 1930, marqué par la crise économique, les tensions sociales et politiques, la montée des fascismes (régime politique totalitaire fondé sur un nationalisme exacerbé instauré par Mussolini en Italie de 1922 à 1945), a entraîné une mutation profonde du roman. Les œuvres essentielle de cette période (qui se prolongera au moins jusqu’aux années 1950) ont en commun d’affronter une crise de la civilisation. Dès lors, c’est moins l’exploration psychologique du moi qui préoccupe les romanciers que l’interrogation  sur un monde dont les valeurs vacillent : c’est la condition humaine qui est en jeu. Malgré la diversité des réponses apportées, les romans de Malraux, Céline, Bernanos, Julien Green, ont  en commun de mettre au premier plan une interrogation éthique : pourquoi et comment vivre ? Incarnation d’une philosophie de l’absurde qui nie toute transcendance, L’Etranger de Camus se situe en droite ligne de cette problématique.

Cette interrogation sur les valeurs entraîne un renouvellement des formes littéraires elles-mêmes car, plutôt que de raconter des histoires ou d’observer le réel, le roman est devenu le lieu où s’élabore une vision du monde et des choses. Tel est bien le cas de L’Etranger, où Meursault, narrateur sans visage, est avant tout un regard qui voit et donne à voir une image absurde du monde. Son « histoire » n’est rien d’autre que celle d’une conscience en mouvement puisque, vivant d’abord dans l’absurde, Meursault s’élèvera jusqu’à la prise de conscience de l’absurde, qu’il revendique au moment de mourir.

                Au demeurant, en rapport avec le contexte idéologique et littéraire de son apparition, L’Etranger peut être lu comme le récit d’un procès symbolique, au terme duquel la condamnation à mort de Meursault nous est donnée à lire comme « une sorte d’allégorie métaphysique de la condition humaine ».

 

III –L’étranger dans l’univers de Camus

« Pour moi, disait Camus, je sais que ma source est (…) dans ce monde de pauvreté et de lumière où j’ai longtemps vécu, et dont le souvenir me préserve encore de deux dangers contraires qui menacent tout artiste, le ressentiment et la satisfaction… »

De cet univers sont notamment issues, dans L’Etranger, les images étranges et fantasmatiques des petits vieillards de l’asile de Marengo, qui marmonnent leur prières au cours de la veillée funèbre ; celle du vieux Pérez, pathétique et dérisoire dans son entêtement à suivre le corbillard ; celle du vieux Salamano, lié à son chien d’une affection haineuse : autant de personnages qui traduisent la hantise de la mort, mais aussi l’amour de Camus pour ces humbles dont on remarque à peine l’existence, et dont le langage se limite au strict minimum.

Image aussi d’une mère constamment silencieuse, mais pourtant omniprésente dans l’univers de Camus : « […] la mère demeure pour Camus, plus qu’un souvenir, une conscience. D’une enfance abolie, elle est le signe inaltérable. » (Roger Quilliot). Comme le docteur Rieux, dans La Peste, Meursault n’a jamais su trouver les mots pour communiquer avec sa mère. On remarquera d’ailleurs que Camus introduit dans L’Etranger le nom même de sa mère : Sintès, qu’il prête à Raymond, tandis que celui de sa grand-mère : Cardona, est prêté à Marie.

Lycée de Ndoffane

2006 - 2007

                Camus aimait à dire qu’il n’écrivait que d’expérience. La lecture de ses Carnets  a permis de découvrir que Meursault, incarnation de l’homme absurde, qui exprime la sensibilité d’une époque de désarroi, est aussi un double de l’auteur. Meursault est d’ailleurs le pseudonyme utilisé par Camus dans l’Alger républicain.

CLASSES DE TERMINALES

M. DIEDHIOU

IV – Le Personnage de Meursault

 

1 – Innocence et culpabilité 

 

Meursault apparaît souvent comme un enfant. Pour lui, les gens sont « gentils » (Raymond) ou « méchants » (au cours du procès). Ces indices lexicaux de la candeur du personnage sont à rapprocher de son comportement social : exempt de préjugés, et ignorant des interdits sociaux, Meursault semble totalement méconnaître la hiérarchie des valeurs imposées par le jeu social. On comprend d’ailleurs son indifférence manifeste à l’égard de l’anathème dont Raymond Sintès est l’objet : « souteneur » (individu qui vit de la prostitution d'autrui), donc réprouvé par la société. Raymond n’est pour Meursault qu’un ami et un voisin de palier, sans qu’intervienne aucun jugement de valeur moral sur son comportement. Son absence totale d’ambition ressort de la même vision du monde, puisque dans le fond, toutes les existences se valent. Dans cet univers nivelé, les notions de bien et de mal, de faute et de remords, semblent totalement évacuées : en tirant sur l’Arabe, Meursault n’a pas conscience de commettre un meurtre, mais plutôt de détruire « l’équilibre du jour, le silence exceptionnel d’une plage » où il a été heureux.

Cette « amoralité » de  Meursault n’est pourtant pas absolue : à plusieurs reprises, on le voit s’excuser, se justifier. Cet étrange sentiment de culpabilité semble indiquer que, même innocent, Meursault ne saurait se soustraire au regard et au jugement d’autrui : dès le début, sa mauvaise conscience le désigne comme un condamné potentiel.

 

2 – Transgression et exclusion

 

Que l’on se souvienne de la gêne éprouvée par le concierge lorsque Meursault refuse de voir le corps de sa mère, du reproche qui lui fait de n’avoir pas manifesté de peine à son enterrement. Sous cette gêne et cette accusation se dissimule l’aveu de l’inadmissible : que l’on puisse ne pas souscrire aux rites sociaux, repousser le masque d’une peine que l’on n’éprouve pas, le culte obligé à la mémoire de la mère. Meursault ne rend pas allégeance au culte formel que la société exige de ses membres, il ne joue pas le jeu.

La façon qu’a Meursault d’appeler sa mère témoigne également de son refus de socialiser la relation aux êtres : « maman », c’est le mot de l’enfant et du rapport intime. « Mère », c’est la définition formelle de cette relation, engagée dans le circuit social. On dit « maman » à sa mère, mais l’on dit « mère » en parlant d’elle aux autres.

Meursault gêne parce que son refus démasque la fiction du mythe collectif et l’hypocrisie des pratiques qui l’expriment : l’amour filial comme donnée humaine, et le deuil, conséquence de la perte de l’être cher. Meursault non seulement n’a pas éprouvé de peine, mais, faute plus grave, n’en a pas manifesté : le mythe est danger. Cela explique la fièvre qui s’empare du juge d’instruction, et surtout de l’aumônier, qui refuse qu’on ne puisse pas croire, car leur vie n’aurait plus de sens.

 

3 – Le Rapport sensuel au monde

 

Pourtant, tout n’est pas indifférent à Meursault. Sa nature sensuelle le met en rapport intime avec le monde concret, en particulier avec le monde naturel : la mer, le ciel, la nuit. Ainsi, le style enlevé à la syntaxe morne du nivellement, de la non-valeur, accueille les échos poétiques d’une prose qui exalte l’harmonie du corps et des éléments. Il faut donc en conclure que Meursault n’est pas un indifférent absolu, mais seulement qu’il ne s’est pas approprié la valorisation sociale du monde. Il n’a pas trahi sa nature, qui est référence de toute valeur. Dans son appréciation de la valeur, c’est à elle qu’il obéit, et non pas au code social en vigueur.

 

 V - RESUME DE L’ŒUVRE

Meursault, jeune employé qui vit à Alger reçoit un télégramme dans lequel on lui annonce la mort de sa mère. Il se rend à l’asile situé à Marengo. Il veille sa mère et assiste à l’enterrement. Il rentre rapidement à Alger où il compte se reposer. La vie s’écoule entre le bureau, les promenades, son appartement, son balcon, la plage et les rencontres avec Marie, Celeste, Raymond, Salamano etc. elle va changer lors de la visite chez Masson. Raymond qui a des problèmes avec un groupe d’arabes se bagarre avec eux. Meursault les regarde faire mais quand Raymond veut tuer l’un d’entre eux, il l’en dissuade et confisque le revolver. La bagarre se termine, il retourne au cabanon. Ne se sentant pas bien, il décide d’aller prendre de l’air. Une fois à la plage, il retrouve le type de Raymond. A demi inconscient, il tire cinq fois sur l’Arabe qui avait déjà sorti son couteau.

Lycée de Ndoffane

SYNTHESE

L’étranger est le récit d’une existence, celle de Meursault, qui vit à Alger, indifférent à ceux qui l’entourent, à Marie qui l’aime, comme au décès de sa mère, étranger à lui-même dans une ville marquée par l’absence de passions. Meurtrier d’un arabe qui, pense-t-il, le menaçait, Meursault est jeté en prison, et dans l’attente de son jugement réfléchit lucidement à sa condition.

Sa vie passée, son geste assassin et son procès ne lui semblent que l’inévitable enchaînement de l’absurdité de l’existence à laquelle l’homme ne peut rien espérer opérer d’autre que l’absurdité de ses actes. Condamné à mort, Meursault persiste dans son obstination et ne s’émeut pas de la sentence inéluctable.

 

 

 

 

La deuxième partie parle de son interrogatoire, du procès qui s’ensuit et la conversation avec l’aumônier. Il est condamné à mort.

SYNTHESE

L’étranger est le récit d’une existence, celle de Meursault, qui vit à Alger, indifférent à ceux qui l’entourent, à Marie qui l’aime, comme au décès de sa mère, étranger à lui-même dans une ville marquée par l’absence de passions. Meurtrier d’un arabe qui, pense-t-il, le menaçait, Meursault est jeté en prison, et dans l’attente de son jugement réfléchit lucidement à sa condition.

Sa vie passée, son geste assassin et son procès ne lui semblent que l’inévitable enchaînement de l’absurdité de l’existence à laquelle l’homme ne peut rien espérer opérer d’autre que l’absurdité de ses actes. Condamné à mort, Meursault persiste dans son obstination et ne s’émeut pas de la sentence inéluctable.

 

 

 

 

Lycée de Ndoffane

2006 - 2007

 



11/11/2010

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